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Parapente Vaucluse - Vol libre Provence

Maxime Pinot: Hike & Fly Team 29 août · X-Pyr, pensées. Je n'avais pas encore trouvé les mots pour parler de la X-Pyr. J'ai souvent tenté de me mettre à écrire. Mais rien. Comme un grand silence. Le

Maxime Pinot: Hike & Fly Team
29 août ·
X-Pyr, pensées.

Je n'avais pas encore trouvé les mots pour parler de la X-Pyr. J'ai souvent tenté de me mettre à écrire. Mais rien. Comme un grand silence.
Le grand silence qui a toujours suivi mes réussites.
Certaines aventures changent plus de choses qu'il n'y paraît. A la manière d'une ritournelle, elle tourne indéfiniment comme une petite musique de fond, des jours, des mois. Et rapidement, votre perception de la réalité se meut, protéiforme, changeante.
Je ne suis pas complètement revenu du cœur des Pyrénées.
Le labyrinthe des collines basques, vertes et rondes, a vite fait place aux massifs plus hostiles. Je ne suis pas un aventurier, encore moins un alpiniste, né dans la plaine franc comtoise. Je n'ai longtemps eu comme référence de montagne que les 880m du Mont Poupet, quelques sorties à ski, puis le pôle espoir, et une vie plus alpine ensuite. Mais trop tard ?
Au milieu des montagnes, je me vois comme un paria, qui a découvert cet environnement grâce au seul moyen du parapente. Une sorte de hold-up, une facilité. Comme une ascension sociale au culot, à la Rastignac.
Au cœur des Pyrénées, j'ai affronté certaines de mes peurs.
Je ne sais qu'on ne parle pas du cœur du massif alpin, encore moins des Andes, ou de l'Himalaya. Que cela pourra en faire rire certains, qui en étonnera d'autres. Mais j'ai ressenti à quelques reprises cette solitude face à des éléments plus forts, qui demande le recours de toutes les ressources physiques et mentales.
J'ai fini cette course fatigué, épuisé, bien plus mentalement que physiquement. Ou peut-être philosophiquement, tant les questions se sont bousculées ensuite.
Il m'est arrivé de me demander ce que je foutais là, en l'air, au milieu d'une aérologie dantesque, loin du monde confortable et sécurisé omniprésent de nos quotidiens. Loin de la terre. Loin des autres. Loin de mes amis. A l'Anayet, face au Pic du Midi d'Ossau, ma voile s'agitant furieusement dans une cacophonie de flux contraires les uns aux autres, j'ai du lutter pour repousser les pensées négatives qui jaillissaient de mon esprit. Comme un navigateur pris dans la tempête, tu n'as pas le droit d'abdiquer.

Dans une aventure comme celle-ci, il t'arrive de penser au pire. En tout cas, cela m'est arrivé. Peut-être parce que la blessure ou la mort, me font peur plus qu'à d'autres. Parce que je ne me suis pas assez confronté aux éléments dans ma jeunesse. Ou simplement parce que c'est sain. Un instinct de survie lorsqu'il faut tout donner pour sortir le meilleur de soi. Sur ma montagne à l'aube du jour quatre, face au foehn, au milieu des petits pins bousculés par les rafales d'un vent rageur, le soleil perçant tout juste le froid venu du nord, j'ai pensé l'engagement dans ce qu'il a de plus effrayant : son côté intangible sorti droit de notre imagination, de notre humanité. J'ai du mettre de côté tous mes aprioris et mes émotions pour décoller ce jour là, pour laisser place à la plus pure concentration possible pour limiter au maximum la prise de risque du vol quisuivrait
J'ai ressenti l'adrénaline qui suivait une réussite alors que je plongeais dans la vallée encore obscure, fuyant comme la peste la barrière de foehn qui me laissait libre cette fois-ci. Les deux pieds au sol, on se dit : « plus jamais ça ». Mais au fond, c'est une promesse destinée à ne pas être tenue si tu gardes ce cap, ces objectifs, si tu continues la compétition.

En compétition, tout s'envisage. Tout ce qui pourra te faire gagner le moindre centième.
J'entretiens une relation bizarre avec la compétition. Je la hais pour certaines de ses formes, auxquelles j'ai déjà failli, comme l'égocentrisme. Et je l'aime parce qu'elle reste la façon qu'ont les hommes de se surpasser, de réaliser des exploits incroyables. Dans sa forme la plus pure, la compétition est une incroyable école, pour se connaître soi, connaître les autres, repousser toutes les limites.
Le Marche et Vol n'y échappe pas. Mais je crois qu'en terme d'engagement, dans mon prisme de connaissances somme toute limité, l'on peut vite atteindre des sommets d'exigences. En Coupe du Monde de cross, au meilleur de mon niveau, j'ai rarement eu la sensation d'engager mon intégrité. A quelques occasions peut-être. Même quand il a fallu aller chercher un titre, même lorsque les enjeux étaient extrêmes (ou perçus comme tels par mon esprit). Il y a de nombreux fusibles, avant qu'une situation devienne réellement critique, d'autant plus avec l'actuelle tendance à choisir des sites très faciles à voler.
En marche et vol, le fusible, c'est toi. Tout repose sur tes épaules et celles de ton équipe. Mais au final, c'est toi qui a le dernier mot. C'est toi qui prend les responsabilités, et qui encaissera les conséquences.
J'ai pleuré en l'air, au sortir de l'épisode du Pic du Midi de Bigorre. Ca ne m'était de mémoire jamais arrivé. J'étais aller au bout de ce que je pouvais endurer mentalement. Et pourtant, j'ai continué ce vol quatre heures de plus, dans des conditions parfois infâmes, grâce à Laurie, Jérem et Mathias en bas, par le biais de leurs encouragements. Il y a toujours de quoi repousser les limites. Mais à quel prix parfois ? Je me suis posé après plus de 10h de vol, exténué. Et le lendemain, je partais affronter le foehn. Chaque matin, une même question : contre quoi vais-je lutter aujourd'hui ? Tu dois être prêt, quoiqu'il en coûte.

C'est peut-être pour cela que je ne me suis pas aligné sur d'autres courses que j'avais pourtant prévu de faire. Après la X-Pyr, je n'étais pas « prêt à être prêt », chaque matin, prêt à affronter d'autres épreuves, parfois difficiles. A la façon de certains Ultra-runner, j'ai décidé de cultiver l'envie dans ma façon d'aborder la compétition en générale. Elle est le moteur de tout, des réussites éclatantes, comme d'inévitables échecs, mais des échecs plus joyeux, moins desséché par l'usure. Nous avons tous un capital physique, mental et moral qu'il convient de respecter.
En ce moment, j'aime simplement courir. Une façon de rattraper un peu mon retard de faux montagnard ? Ou la simple facilité d'enfiler une paire de chaussures et de partir arpenter les quelques chemins autour de soi, avec un peu de musique, ou un ami.
Je reviens en boucle aux questions élémentaires qui nous constituent, qui font ce que nous sommes. Quelles sont ces innombrables trajectoires que nous ne nous verrons jamais emprunter ? Et pourquoi celle-ci plus que d'autres ? Au milieu de tout ce chaos de possibilités, de notre inévitable héritage du passé, pourquoi faisons nous ces choix qui paraissent parfois abscons ?
Je ne sais pas vraiment. Pour une marche sur les crêtes avec Marco, pour décoller à l'endroit même où il a volé la première fois en thermique, avant de s'occuper d'apprendre cette science à nombre de gamins et gamines passés entre ses mains ? Pour les secondes d'éternité d'un lever de soleil après une nuit de brouillard et de vent entre amis ? Pour la pureté d'une ligne de vol où si peux de gens ont trainé leurs ailes ? Pour les rigolades après la tension d'une longue journée ? Pour un titre, une victoire ? Pour courir à s'en faire exploser les jambes et le cœur ?

hJe ne sais pas vraiment. Mais je pense que l'on fait ce que l'on fait pour les anomalies que nos raisonnements parfois trop rigides ne peuvent concevoir. Ces anomalies qui découlent de nos choix. Des dysfonctionnements systémiques de notre système de références. On le fait pour la surprise, pour être mystifié parfois. On le fait pour voir les belles choses qui constituent encore notre monde, pour dire qu'il y a encore des vallées perdues où les bouquetins et isards sont rois, les vautours et aigles dieux.
On le fait pour raconter, pas en une phrase et une photo inutiles. Pour essayer de faire passer quelque chose des émotions et des expériences. Une part de vécu.
Faire passer la beauté simple d'une dernière ligne droite avec Mathias, d'une dernière montée avec Jérem, d'un baiser de fin avec Laurie. D'une étreinte collective. Des moments simples mais beaux. Comme on devrait s'évertuer à en façonner chaque jour.

Photos: Mathias Francou

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Merci Alain pour le partage, je l'avais déjà lu, mais quel bonheur de lire les mots de ce jeune extraterrestre ! Quel talent, quelle plume ! Quelle humilité ! J'avais adoré son récit de vol aller retour avec Laurie, entre le sud de la France et Annecy... Déjà un texte superbe ! Et qui forcément nous renvoient en miroir des réflexions essentielles à se poser...

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